MOUPHTAOU YAROU : LE GRAND REQUIN D’ANTIBES

Discret et efficace. Mouphtaou Yarou n’est pas le joueur le plus médiatisé de Pro A. Pourtant, il est le meilleur rebondeur du championnat. Du Bénin à Antibes en passant par les États-Unis, la Serbie et Le Mans, portrait de ce joueur aussi important sur le terrain que pudique en dehors.

« Je ne le connaissais pas personnellement. Mais j’ai joué plusieurs fois contre lui et à chaque fois, c’était un défi physique permanant. Il est très dur, très difficile à bouger. » Pour décrire Mouphtaou Yarou (2,04 m, 27 ans), son coéquipier, Fréjus Zerbo, préfère mettre en avant les qualités physiques et athlétiques du joueur. Sans oublier toutefois les qualités humaines. « C’est quelqu’un de très souriant. Il est né dans une famille sans beaucoup de moyens. Maintenant, chacun veut garder ses privilèges, c’est normal. Il s’est beaucoup battu dans sa vie. Aujourd’hui, il est heureux et c’est l’essentiel. On se rejoint sur plusieurs points. C’est vraiment un gars super. »

Né à Natitingou, au Bénin, Le Roc, comme le surnomme l’ancien joueur du Limoges CSP, a d’abord commencé par jouer au tennis dans son pays natal. « Au Bénin, le basket n’est pas encore très connu et populaire. » Pour preuve, il n’y a pas de championnat local et l’équipe nationale masculine n’a participé qu’une fois à l’AfroBasket, en 1974. « Ensuite, mon grand frère jouait un peu au basket au Bénin. Il avait un ami aux États-Unis qui m’a inscrit dans une faculté en Virginie. » C’est ainsi que malgré la peur et la réticence de ses parents, l’actuel meilleur rebondeur de Pro A (9,3 rebonds) débarque à 16 ans dans un lycée militaire.

 « Je souhaiterais travailler dans le monde de la bourse plus tard »

« Non, ce n’était absolument pas un objectif de devenir militaire », préfère tempérer Mouphtaou Yarou. « Oui, il y a eu des difficultés au début pour s’adapter au mode de vie. Tout est différent : la culture, la nourriture, le climat et surtout, la langue », explique-t-il. Au lycée militaire, il apprend la discipline avec des réveils dès l’aube. Pourtant, l’intérieur des Sharks d’Antibes n’en garde pas un mauvais souvenir. « J’ai été élevé dans une famille de confession musulmane. Donc on avait l’habitude de se lever tôt pour prier au Bénin. »

Après le lycée, Mouphtaou Yarou découvre Philadelphie (Pennsylvanie) dans l’une des meilleures universités du pays. De 2009 à 2013, il joue pour les WildCats de Villanova pour des résultats plus qu’intéressants (8,9 points et 7 rebond en 120 matchs). « Je garde beaucoup de souvenirs de mes années là-bas. C’est une famille à vie. Je suis toujours en contact avec le coach. Je le sollicite souvent si j’ai une décision importante à prendre. »

Malheureusement pour lui, il n’est pas retenu lors de la Draft 2013 où des profils plus athlétiques sont sélectionnés chez les postes 5, comme Rudy Gobert ou Gorgui Dieng. Il ne sera pas le premier joueur Béninois à fouler les parquets NBA. « Oui, à l’époque, c’était une grosse déception. C’était assez difficile à accepter au début. Maintenant, j’ai compris que ce n’était peut-être pas pour moi. » Celui qui a huit sœurs et quatre frères préfère se concentrer sur sa saison, voire l’Euroleague. « La NBA n’est plus un objectif. Je préfère me concentrer pour être le meilleur joueur possible. Jouer dans de grands clubs, gagner, c’est l’essentiel. L’EuroLeague ? Oui, forcément, on y pense. » Quand le vainqueur de la Coupe de France 2016 ne pense pas à la meilleure compétition européenne, il en profite pour travailler et réviser. Diplômé d’un Master en Finances et Business International, il ne deviendra pas médecin comme le souhaitait son père, lui-même ingénieur agronome. « Je souhaiterais travailler dans le monde de la finance et de la bourse plus tard. Potentiellement à Wall Street », ajoute-t-il dans un sourire.

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