Mouphtaou Yarou (Levallois) : « La meilleure saison de ma carrière »

Les Métropolitans de Levallois, vainqueurs ce lundi à Bourg-en-Bresse 80-78, disposent d’un solide point d’ancrage en la personne de Mouphtaou Yarou (2,06 m, 28 ans, 16pts.2rbs.3PDS ce lundi). Le Béninois se découvre.

Freddy Fauthoux savait qu’en recrutant Mouphtaou Yarou cet été, il se dotait d’une assurance tout risque à l’intérieur. Car le pivot béninois passé pendant trois ans au MSB restait sur un dernier exercice très solide chez les Sharks d’Antibes (12,9 points, 9,1 rebonds). Dans le 92, le double meilleur rebondeur du championnat (en 2016 et 2018) n’a pas perdu son fonds de commerce. Il montre également qu’il est aussi un vrai danger offensif (11e meilleur scoreur du championnat avec 15,2 points). Découverte d’une des figures de la Jeep® ÉLITE.

Son enfance au Bénin 
« Je fais partie d’une très grande famille. On est 13 en tout. J’ai huit sœurs et quatre frères. Je suis le 11e. On n’est pas tous de la même mère, on est tous du même père. J’ai deux frères et deux sœurs de la même mère. On a tous joué au tennis, du côté de ma mère. Natitingou c’est une ville entourée de montagnes. C’était un peu la campagne. Mes grands frères prenaient soin de moi donc tout se passait très bien. On n’avait pas de problèmes d’argent. On avait tout ce qui fallait (…) Je retourne au Bénin chaque été, pour faire camp de basket.

Sa découverte du basket 
J’ai grandi d’un coup entre douze à treize ans, et je n’arrivais plus à jouer au tennis. Mon père et mon oncle avaient joué au basket. Et mon grand frère jouait très bien. C’est lui qui m’a mis au basket. C’est lui aussi qui m’a convaincu de partir aux Etats-Unis. Il connaissait le coach dans le lycée où je suis allé. Je n’avais pas envie de partir, j’aurais préféré aller dans un pays francophone comme la France ou Belgique, mais comme j’avais toujours fait confiance à mon grand frère, je suis parti. Les Etats-Unis cela me faisait peur parce que je ne parlais pas anglais. Mon frère m’a convaincu et je suis parti sans trop réfléchir. Ces années m’ont apporté beaucoup de force mentale, m’ont inculqué des règles de vie. J’ai aussi rencontré l’un de mes meilleurs amis au lycée.

Villanova 
C’était très important pour ma mère que j’aie un diplôme (rires). Et même après l’université elle voulait que je prenne un boulot là-bas et que je continue mes études, que j’aie un doctorat. Mais moi j’avais envie de jouer au basket. J’ai un diplôme en finances et business international. Je peux travailler après ma carrière. J’ai un copain dans cette branche qui me dit régulièrement ce que je dois lire pour rester informé.

Ces années à Villanova m’ont permis de grandir. J’ai joué pendant deux ans avec Corey Fisher – le nouveau meneur de Fos-sur-Mer – qui est l’un de mes meilleurs amis. On discute tout le temps. Cela fait plaisir de jouer dans la même ligue. J’ai joué aussi avec Scottie Reynolds, Reggie Redding, Maalik Wayns, James Bell, qui ont fait de belles carrières. Villanova m’a permis de rêver de la NBA, de l’Euroleague, du basket professionnel, parce que c’est une très grande fac. Ils continuent à grandir puisqu’ils ont été deux fois champions en trois ans (2016 et 2018). Je suis leur parcours tous les ans et je passe une semaine à la fac pendant l’été pour m’entraîner avec le coach, Jay Wright.

Radnicki Kragujevac en Serbie 
Peut-être que si j’avais joué en Serbie avec la maturité que j’ai aujourd’hui, je ne serais pas parti, même s’ils ne me payaient pas. Le staff m’a aidé à grandir. Ils m’ont appris ce qu’était la vie en Europe, le basket européen. Cela s’est mal fini (il a quitté le club en décembre et est retourné sur son campus de Villanova) mais j’ai appris de cette expérience.

Le Mans 2014-2017
Je me suis fait des amis au Mans. Charles Kahudi c’est mon grand frère. Ma première année au Mans a été très compliquée parce que j’avais passé huit mois sans jouer. Ma grand-mère est décédée, il y avait plein de problèmes autour. Et sans me juger, sans même le savoir, Charles a commencé par me soutenir tout le temps. J’étais tout le temps invité chez lui et sa femme Siga. Je savais que je pouvais compter sur quelqu’un. Que dans le milieu du basket il y avait des gens de confiance, de grands hommes parce que Charles c’est un grand basketteur, mais c’est aussi un grand homme. J’ai rencontré Pape-Philippe Amagou, Mike Gelabale, que j’avais vu jouer à la télé. Quand tu joues avec eux, tu vois quels genres de personnes ils sont. Ils m’ont montré ce qu’il fallait faire sur le terrain, en dehors du terrain, comment m’adapter à la vie en France. A chaque fois que je parle d’eux, ça ramène beaucoup d’émotion.

Photo : MSB.fr

Ses rencontres à Antibes et à Levallois 
Dans ma dernière saison au Mans, j’ai été blessé presque toute l’année. Je me suis un peu renfermé. En arrivant à Antibes c’était différent. J’ai rencontré Jerrel Blassingame qui m’a aidé à relancer ma carrière. Et puis mes autres coéquipiers, Paul Rigot, Max Kouguère, Fréjus Zerbo… on était tout le temps ensemble. Les coaches m’ont permis aussi de développer mon côté offensif, de retrouver mes qualités de scoreurs. Julien Espinosa me disait « tu n’es pas juste un rebondeur, tu as du talent ». En dehors du terrain, il me poussait à sortir de chez moi pour aller découvrir la côte d’Azur, rencontrer des gens. À Levallois aussi, les gens sont supers. Fred (Fauthoux) et Sacha (Giffa) sont des anciens joueurs donc ils me donnent des conseils pour le terrain et en dehors, comment faire attention avec la vie parisienne. Et j’ai de très, très bons coéquipiers.

Le choix de Levallois 
Fred m’a appelé. Il a été honnête, direct. Il m’a dit qu’il voulait que je sois un joueur majeur dans son équipe, qu’il aimait ce que je faisais et qu’il allait poursuivre le développement que j’avais entrepris à Antibes. Mon ancien coéquipier et ami, Max Kouguere, connaît bien Sacha Giffa. Il m’a dit de très bonnes choses sur les coaches. J’ai vu aussi ce qui s’est passé avec Gavin Ware, Vincent Poirier, Louis Labeyrie. Ils ont beaucoup progressé à Levallois donc je n’ai même pas réfléchi et j’ai signé très tôt. Le club est ambitieux. L’ambition est d’aller en playoffs, de jouer le haut du tableau. Et puis c’est Paris. La ville attire. J’en profite, je sors. Je visite les monuments. Il y a toujours quelque chose à faire. J’adore.

Son bon début de saison 
On travaille bien ensemble. Les coachs nous mettent dans de très bonnes situations pour que chacun ait ses shoots. C’est à nous de finir. On se sent bien. On est bien entre coéquipiers et coaches. Je suis en train de vivre la meilleure saison de ma carrière. Cela fait deux ans que je rate les playoffs, cette année il faut que je les fasse. Je suis fatigué de rentrer plus tôt et de regarder les gens jouer à la télé. Les playoffs, c’est le meilleur moment de la saison. Il faut que Levallois en fasse partie.

Le All Star Game 
Je n’y pensais pas avant de commencer la saison. Mais je savais que pour que l’équipe aille loin il fallait que je sois un joueur dominant du championnat, que je sois focus, agressif à chaque match. Pour être sélectionné, il faut gagner des matches. Donc ce n’était pas un objectif mais c’est venu avec les victoires.

Dans dix ans… 
Je me vois tranquille chez moi avec ma femme et mes enfants. Je pense que je serai aux Etats-Unis, que je travaillerai dans une banque ou un organisme financier. Dans quel coin des Etats-Unis ? On y réfléchit en ce moment…


Photo : Karen Mandau (Levallois Metropolitans)

Vers un troisième titre de meilleur rebondeur ? 
Jamais dans l’histoire de la LNB, un joueur n’a été trois fois meilleur rebondeur de la saison régulière. Actuellement troisième de cette catégorie statistique derrière Ousmane Camara (Chalon) et Vitalis Chikoko (Pau-Lacq-Orthez), Mouphtaou Yarou a l’occasion de devenir le recordman de la catégorie : « Je ne savais pas. Je vais y penser maintenant (rires). C’est un de mes objectifs d’être le meilleur rebondeur de la ligue. Parce que si je suis présent au rebond, offensif et défensif, cela avantage mon équipe. Cette année, cela sera un peu compliqué parce qu’on a des très bons rebondeurs dans l’équipe. Julian Wright, Maxime Roos, Jaron Johnson. » 

Les meilleurs rebondeurs dans l’histoire de la LNB :

Phil Lockett : 1er en 1988-89 (13,7, Lorient), 1er en 1989-90 (13,3, Lorient)
Malcom Mackey : 1er en 1995-96 (11,5, Dijon), 1er en 2001-02 (10,5, Dijon)
K’Zell Wesson : 1er en 2002-03 (10,6, Cholet), 1er en 2004-05 (10,4, Gravelines-Dunkerque)
Randal Falker : 1er en 2013-14 (9,2, Nancy), 1er en 2014-15 (9,9, Nancy)
Mouphtaou Yarou : 1er en 2015-16 (10,8, Le Mans) 1er en 2017-18 (9,3, Antibes)

Source: lnb.fr

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